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EPTC:
Chapitre 5. L'intégration à la recherche (PDF, 19 KB)
A. Introduction
B. La recherche avec des femmes
C. Recherche avec des sujets inaptes à donner
leur consentement
Comme le précise le Contexte du cadre éthique (voir au début
de ce document), l'un des principaux aspects du principe de justice est
la répartition équitable des avantages et des fardeaux de la recherche.
Dans le cas de la recherche avec des sujets humains, le souci de justice
était autrefois essentiellement axé sur l'équité du traitement réservé
à ces derniers et l'on se demandait si la charge qui leur était imposée
était disproportionnée par rapport aux avantages qu'ils pouvaient retirer
de la recherche. Aujourd'hui, ce concept s'est élargi et l'on se demande
plutôt si les avantages et les fardeaux généraux de la recherche sont
équitablement répartis et si les personnes et les groupes désavantagés
reçoivent leur juste part des bienfaits de la recherche.
Les deux préoccupations exprimées ci-dessus constituent les assises du
principe de justice distributive : les membres de la société ne devraient
jamais supporter plus que leur juste part du fardeau directement associé
à leur participation à une recherche, pas plus qu'ils ne devraient être
arbitrairement privés de ses éventuels avantages. Les craintes soulevées
par ce principe reflètent des obligations plus vastes concernant le respect
de la dignité humaine et devraient, en conséquence, retenir l'attention
formelle des chercheurs, des CÉR, des établissements de recherche et des
commanditaires.
Malheureusement, il est déjà arrivé par le passé que des sujets aient
été exploités ou gravement maltraités par la recherche. Les inquiétudes
permanentes concernant de tels abus ont focalisé la réflexion d'ordre
éthique sur le degré relatif des avantages et des inconvénients pouvant
être acceptés par des sujets. Puisque d'autres chapitres de cette politique—« Le consentement libre et éclairé, » « Vie privée et confidentialité des
données »—tiennent compte des inquiétudes profondes concernant l'exploitation
de populations vulnérables et l'exposition des sujets aux inconvénients
de la recherche, ce chapitre traitera essentiellement de la répartition
équitable des avantages directs et indirects de la recherche.
Plusieurs sources de répartition inéquitable des avantages de la recherche
peuvent être définies. Parfois, les inconvénients sont le résultat d'exclusions
intentionnelles, comme celles qui sont inspirées par la crainte d'exploiter
ou de maltraiter des sujets. Ainsi, selon certains, le principe du consentement
libre et éclairé signifie que seules les personnes aptes devraient être
autorisées à participer à des recherches susceptibles de leur nuire ou
de ne leur apporter aucun profit. Cependant, l'application rigoureuse
de ce principe aurait pour résultat de priver les personnes inaptes des
avantages directs ou indirects découlant de la participation à une recherche.
En un sens, ces pratiques et raisonnements fondés sur le principe de bienfaisance
excluent volontairement certains groupes des projets de recherche. Le
désir d'éviter un problème moral—l'exploitation des sujets vulnérables—peut ainsi mener à un autre problème moral—le risque de priver des
bienfaits de la recherche les personnes en ayant besoin.
La question de l'exclusion de la recherche a aussi fait surface de façon
indirecte. Ainsi, dans le cas de populations particulières, la peur de
poursuites judiciaires a provoqué la mise à l'écart des essais pharmaceutiques
des femmes en âge de procréer à cause des inconvénients éventuels de ce
type de recherche sur leur progéniture. Trois autres raisons expliquent
d'autres exclusions : les inquiétudes concernant les conséquences du cycle
hormonal féminin sur les essais pharmaceutiques, le choix des critères
d'intégration ou d'exclusion (ainsi, l'établissement d'une limite d'âge
dans le cas de recherches sur les victimes de crises cardiaques a permis
de faire appel à la plupart des hommes, mais aussi d'en exclure la majorité
des femmes souffrant de la même maladie), et les coûts financiers ou autres
liés à toute modification de l'orientation de programmes de recherche
établis.
L'âge a également servi de prétexte à l'exclusion de certaines personnes
des projets de recherche -- avec pour résultat un manque d'études concernant
les enfants et les aînés. La population canadienne vieillissant, le besoin
de recherche sur le processus de vieillissement et sur les conditions
affectant de façon disproportionnée les aînés prend de plus en plus d'importance.
La participation des personnes âgées pose de graves questions aux chercheurs —l'une des plus importantes étant d'arriver à un équilibre entre, d'une
part, le respect de la dignité et du bien-être des sujets et, d'autre
part, la protection devant être garantie aux personnes inaptes ou pouvant
le devenir (voir chapitre 2). La règle qui suit impose aussi le devoir
d'éviter d'exclure des sujets plus âgés de la recherche parce que ceux-ci,
selon certains préjugés, seraient incapables de respecter les directives
des chercheurs.
Les chercheurs qui—soit par inadvertance, soit de façon délibérée—privent certaines populations des avantages de la recherche rompent leur
engagement à l'égard de la justice sociétale. En recherche, celui-ci se
traduit par la notion de justice distributive, qui impose diverses obligations
et activités concertées à tous les chercheurs, aux CÉR et aux établissements
de recherche. Tous ces intervenants ont des rôles importants à jouer pour
assurer une répartition plus équitable des avantages et des fardeaux de
la recherche. Comme le clarifient les règles ci-dessous, la notion de
justice distributive exige que les chercheurs et les CÉR ne fassent aucune
discrimination; elle leur impose plutôt le devoir positif d'intégrer des
groupes désavantagés à leurs projets de recherche.
- Lorsque les projets visent à interroger des sujets de recherche
vivants en raison de leur participation à des activités génériques non
reliées à des groupes identifiables particuliers (par exemple, dans
de nombreux domaines de recherche en soins de santé ou dans certains
projets de recherche en sciences sociales, telles les études sur la
pauvreté chez les enfants ou sur l'accès aux cliniques légales) de personnes
vivantes, les chercheurs n'excluront pas, à moins de raisons valides,
des sujets actuels ou pressentis pour des motifs liés à leurs culture,
religion, race, aptitude mentale ou physique, orientation sexuelle,
ethnicité, sexe ou âge.
- Le but de cette règle n'est pas d'interdire la recherche consacrée
à une personne vivante (par exemple, une biographie) ou à un groupe
de personnes partageant les mêmes caractéristiques (par exemple, un
groupe identifiable de peintres de même sexe, de même couleur ou religion,
ou d'un ordre religieux composé uniquement de personnes de même sexe).
La règle 5.1, qui se fonde sur la notion de justice distributive, impose
aux chercheurs le devoir de ne pas faire de discrimination à l'égard de
groupes désavantagés. Par le passé, les groupes de personnes lésés par la
recherche ont par exemple été les femmes, les personnes de couleur ou appartenant
à une ethnie différente, les aînés, les enfants, les personnes dépendantes
ou sous contrainte. Le but de ce chapitre n'est pas de repousser la recherche
faisant appel à des groupes donnés, notamment en sciences humaines et sociales,
mais plutôt de favoriser une répartition plus juste des avantages de la
recherche pour tous les groupes.
Plusieurs raisons expliquent la mise à l'écart traditionnelle des femmes
de la recherche, notamment la peur des risques pour les foetus, la crainte
d'affecter leur capacité de reproduction ou de nuire aux nouveau-nés allaités,
l'influence des cycles hormonaux, le défaut d'admettre que certains états
ou maladies peuvent avoir des conséquences différentes sur les femmes et
sur les hommes (par exemple, à des âges différents) ou encore la peur des
responsabilités encourues par les commanditaires de la recherche. Les exclusions
retardent l'acquisition de nouvelles connaissances tout en privant les femmes
des éventuels avantages de la recherche et en risquant de les exposer à
des risques plus importants. Par ailleurs, elle soulève des doutes sérieux
quant au caractère fiable et généralisable de certaines données de recherche.
Les données résultant de projets auxquels seuls des hommes ont participé—études de dosage de médicaments, effets de certaines prothèses, recherches
sur des traitements, sur des normes culturelles, sur l'évolution morale
ou le comportement social—ne s'étendent pas forcément aux femmes. En
conséquence, les données concernant les femmes sont insuffisantes et doivent
souvent être déduites d'autres études, malgré des différences importantes
susceptibles d'en fausser l'exactitude et des traitements ou interventions
devenues à ce titre plus dangereuses. Il est essentiel d'intégrer les femmes
à la recherche si l'on veut que les hommes et les femmes en bénéficient
également. Cette intégration traduit un engagement au service de la justice
et favorise la production d'analyses scientifiques ou savantes rigoureuses.
Les femmes ne seront pas automatiquement exclues des projets de recherche
uniquement pour des raisons liées à leur sexe ou à leur capacité de reproduction.
À l'instar de la règle 5.1, la règle 5.2 impose aux CÉR et aux chercheurs
l'obligation de traiter équitablement tous les sujets pressentis. Bien que
certains projets ne soient, à juste titre, centrés que sur des groupes particuliers
ne comprenant que peu de femmes, parfois aucune, celles-ci devraient la
plupart du temps être représentées selon leur répartition dans la population
de recherche.
Par ailleurs, la règle 5.2 ne laisse aucun doute quant à l'exclusion automatique
ou présumée de certaines personnes en raison de leur sexe ou de leur capacité
de reproduction. Bien des femmes ont par le passé été automatiquement tenues
à l'écart de projets de recherche. Cependant, la règle 5.2 récuse cette
approche qui utilise de façon discriminatoire et non éthique les critères
d'intégration ou d'exclusion. Les chercheurs et les CÉR qui envisagent des
projets faisant appel à des femmes enceintes ou qui allaitent devraient
plutôt tenir compte des avantages et des inconvénients de la recherche pour
celles-ci et pour leurs embryons, foetus ou nourrissons. L'obligation sur
le plan éthique d'évaluer les avantages et les inconvénients de la recherche
s'étend donc à la recherche avec des femmes enceintes ou qui allaitent.
Les devoirs d'ordre éthique à l'égard des populations vulnérables interdisent
l'exploitation de personnes inaptes à donner leur consentement pour participer
à une recherche. Cependant, les chercheurs ont aussi le devoir de mener
des projets avec de tels sujets, car il serait injuste de priver ces derniers
des avantages pouvant être reliés à une recherche (voir chapitre 2).
Sous réserve des règles 2.6, 2.7 et 2.8, les personnes inaptes à donner
leur consentement ne seront pas automatiquement exclues des projets de recherche
pouvant leur être bénéfiques, soit à elles, soit au groupe qu'elles représentent.
La règle 5.3 exprime le besoin de travaux de recherche avec des sujets qui,
même inaptes à donner leur consentement, demeurent toutefois des personnes
uniques ayant droit au respect dû aux personnes aptes, d'être traitées de
façon juste et de participer aux projets. Le comportement, la psychologie,
la biologie et les maladies des nourrissons ou des enfants inaptes parce
qu'ils ne sont pas encore matures diffèrent souvent radicalement de ceux
des adultes; par ailleurs, l'inaptitude est fréquemment le résultat de maladies
qui ne peuvent être étudiées uniquement grâce à des sujets ne souffrant
pas de ces maladies. Toutefois, l'impératif d'ordre éthique en recherche,
tel qu'il est exprimé par la règle 5.3, doit être interprété à la lumière
des règles 2.6, 2.7 et 2.8.
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